Choisir Un Livre

Dans les années 1880, l’histoire tragique et célèbre des « Bourgeois de Calais » a inspiré au sculpteur Auguste Rodin une œuvre monumentale, que l’on peut admirer aujourd’hui en plus de douze endroits. La vocation de la collection « Pont des Arts » est d’offrir « des histoires pour entrer dans les œuvres d’art ». L’album des « Bourgeois de Calais » se présente donc comme une histoire qui va permettre d’expliquer l’œuvre d’art de Rodin. Le texte, factuel et sobre, est accompagné d’illustrations épurées, caractérisées par des à-plats de couleurs austères et un traitement très expressionniste. Ce parti pris esthétique permet d’exprimer l’émotion, la douleur et la solennité de cet épisode historique dramatique. Après cette partie narrative et illustrée, le lecteur découvre la sculpture de Rodin, photographiée sous différents angles. Un dossier documentaire de deux pages conclut l’ensemble. Cette mise en pages originale, réussie et très complète, répond parfaitement à sa vocation pédagogique historique et artistique.

INTERCDI

[…] Vous serez frappés par l’intensité de l’émotion, par la poésie du texte et des illustrations. Le texte, très vivant, porte beaucoup de dialogues qui plongent le lecteur au cœur de l’action comme s’il regardait un film. Les illustrations sont superbes : gros plan de Marie et Jehan sur fond d’éléments architecturaux du Moyen Âge : demeure bourgeoise avec une large cheminée, fenêtres géminées, encadrement de porte en pierre. […]

Sophie Pilaire, Ricochet

L’anecdote, enjolivée ou non, est connue. En 1347, le roi d’Angleterre fait le siège de Calais. La ville sera sauvée si six notables se rendent ; les courageux volontaires seront finalement graciés.

A la fin du XIXème siècle, sur commande de la ville, Rodin exécute un groupe statuaire des six hommes. Ses personnages torturés, aux traits accentués, firent scandale, puis devinrent l’emblème de Calais. Sous la forme d’une petite fiction, à travers les yeux du jeune Jehan, un narrateur externe raconte ici cette histoire terriblement forte de drame et d’humanité. Les illustrations sont à la hauteur du parrainage de Rodin : immenses, saturées de couleurs. Les bleus changeants du ciel alternent avec les beiges oppressants des murs de la ville. Les traits de peinture apparents, les visages comme taillés à la serpe, les points de vue multiples des scènes résonnent parfaitement avec le caractère dantesque de la statue. On pense parfois à des vitraux dans les détails des robes, maisons, chevelures. Au final, l’ouvrage tient autant du documentaire historique, artistique, que de l’œuvre de création.

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