Citrouille

La partie de cartes de Fernand Léger, huile sur toile datant de 1917, a inspiré Géraldine Elschner et Fred Sochard pour cet ouvrage. Et l’entreprise est réussie, qui raconte l’histoire d’un petit garçon découvrant un vieux casque enfoui depuis la guerre 14-18. C’est alors l’occasion pour son grand père, ému, de lui raconter ce qu’ont vécu ses deux arrière-grands-pères, soldats dans les tranchées, l’un français et l’autre allemand. Au début de la guerre, Fred Sochard nous montre de beaux arrondis (casques, torses bombés et bouilles joviales) qui laissent place petit à petit, aux traits raides et déshumanisées des soldats des tranchées. Le sang et le métal sont réunis pour exprimer le choc de la vie et la mort… Mais en trouvant le ton juste pour témoigner, ce bel album aux couleurs vives sait aussi rester optimiste.

Brigitte Biderre, La Luciole.

Le Monde des Livres

Aborder l’art par la fiction n’est pas chose aisée. L’Élan vert et Canopé-CRDP d’Aix-Marseille y excellent pourtant à travers leur collection « Pont des arts ». Après, notamment, Le Chat et l’Oiseau (2011), d’après un tableau de Paul Klee, et Jeumagik (2013), inspiré de la mosaïque romaine Orphée, voici Le Casque d’Opapi. Alors que l’on célèbre le centenaire de la première guerre mondiale — sujet peu facile pour des enfants—, c’est à travers La Partie de cartes, de Fernand Léger (1917), que celle-ci est contée en textes (Géraldine Elschner) et en images (Fred Sochard). En vacances chez son grand-père allemand, un petit garçon s’apprête à planter un chêne quand il découvre un vieux casque de soldat. Alors, le grand-père raconte : la mobilisation générale, le cauchemar des tranchées, les parties de cartes entre deux attaques, les morts et ceux qui sont revenus, blessés, le cœur en miettes… Comme dans le tableau de Léger, les soldats imaginés par Fred Sochard se déshumanisent chaque jour davantage, finissant par ressembler à des robots. Géraldine Elschner, elle, signe un texte juste, émouvant, sobre. « Un chêne que l’on peut détruire en vingt secondes met un siècle à repousser  », avait écrit Léger. Cette histoire en témoigne de la plus belle des manières.
Emilie Grangeray.

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