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"Natura et les Chevaliers des quatres saisons"


Pierre Coran

Interview de l’auteur

Pierre Coran nous parle de sa démarche d’écriture.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que vous travailleriez sur Arcimboldo et sur les “quatre saisons” ?

Ma première réaction a été une joie saine de poète et d’enseignant car la nouvelle collection de L’Élan vert et du CRDP de l’académie d’Aix-Marseille est artistiquement et pédagogiquement intéressante, originale aussi. Elle permet à un éditeur, un auteur, une illustratrice, une graphiste, des lectrices et lecteurs de tous âges, d’entrer ensemble, par une porte dérobée, dans un univers où la beauté et le mystère se conjuguent et créent une émotion vraie.

Étiez-vous sensible à ce peintre ? Le travail sur l’assemblage (fruits, fleurs, légumes) a-t-il été un élément “réducteur” ou bien totalement innovant pour votre réflexion et votre création ?

ARCIMBOLDO me parle depuis longtemps. Je lui ai adressé de courts poèmes avant de lui présenter Natura, une fée à l’image de ses rêveries de peintre. Je m’attends à ce qu’il se manifeste un de ces soirs de printemps où le vent est le messager des cimes.

Comment avez-vous envisagé au départ ce travail de création à deux, avec l’illustratrice Élise Mansot, et donc à trois avec Arcimboldo ?

La création d’un album de jeunesse m’apparaît, assez curieusement, comme une piste d’athlétisme à deux couloirs avec une grille de départ et d’arrivée. Dans le présent album, le starter du relais est ARCIMBOLDO.
En tant qu’auteur, j’ai effectué les onze premiers tours. À la fin du parcours-mot, Élise, l’illustratrice, a pris le relais sans témoin et a entamé son parcours-image. À l’issue de celui-ci, l’éditeur a donné le feu vert à Natura. Il nous a dès lors été loisible d’accomplir un tour d’honneur sur un même couloir.

Connaissiez-vous Élise Mansot auparavant ? Avez-vous eu peur de partir dans des directions très, trop différentes ?

Lors d’une telle collaboration en deux temps, l’artiste prime la personne. À ce jour, je n’ai jamais rencontré Élise mais je la connaissais par ses illustrations. Elle m’est devenue familière depuis qu’elle a donné vie et visage, d’une façon très personnelle et talentueuse, aux acteurs, situations et lieux de Natura. J’ai fait confiance spontanément aux éditeurs de “Pont des arts”, où le merveilleux littéraire est de mise, après avoir pris un grand plaisir à lire les premiers titres de la collection.
Dans la littérature de jeunesse, l’artiste n’a plus d’âge si l’émerveillement propre à l’enfance s’avère en lui indémodable. C’est ce qui permet une collaboration fructueuse basée sur une confiance réciproque entre l’artiste-mot et l’artiste-image qui finissent par se confondre sans s’effacer.
Dans leur époque respective, Arcimboldo et Élise sont plus que des peintres ordinaires, ils osent sortir des chemins balisés, ils sont eux et non des suiveurs, ce qui contribue à leur originalité et au charme des tableaux créés.

Le thème de la fée et des chevaliers a-t-il été une manière de recontextualiser les tableaux d’Arcimboldo (famille des Hasbourg, l’empereur Maximilien, le pouvoir, etc.) ou ce choix s’est-il imposé naturellement ?

Travailler dans l’ombre d’une fée favorise la création, même si Natura m’a hanté certaines nuits et a imagé mes insomnies. Donner une vie provisoire à des monstres est un privilège pour un auteur qui cultive l’imaginaire et même l’inimaginaire. Pardon à Maximilien ! Ce contexte historique n’a pas effleuré ma pensée. Par contre, je plaide coupable et avoue la préméditation pour avoir inventé puis occis certains personnages hauts en couleurs et en collages.

Le choix du conte, de la fable (avec tous leurs codes tels que la fée, les chevaliers, le fou de la reine à travers le jardinier, les épreuves, les monstres, une fin heureuse) est donc dédié aux enfants - qui reconnaîtront facilement ce genre. Qu’est ce qui a précisément déclenché l’idée de la création de Natura et les chevaliers des quatre saisons ?

Étant un homme de nature vivant à l’orée d’une forêt, le personnage de Natura s’est imposé d’emblée avec cette insistance propre aux fées familières des poètes dont l’émerveillement est chroniquement ancré et encré dans la plume de leur stylo. La belle m’a quitté pour me revenir habillée somptueusement par une autre fée encore sans visage.

Arcimboldo nous montre une nature en évolution. Vous humanisez la nature : la question de la “survie” de celle-ci, le thème écologique tylisé ici, la responsabilité collective vous sont-ils chers ?

La Nature humaine m’est chère. Elle n’est pas étrangère à la nature. Dès lors, elle doit être défendue dans l’urgence au delà des discours creux, des sourires hypocrites. En la matière, un conte illustré pour les jeunes se doit d’être parlant. Le plaisir sera préféré à l’injonction moralisante.

On peut voir dans les aventures de cette fée qui réussit son combat une sorte de mise en abyme du travail des artistes qui perpétuent quelque chose qui tendrait à disparaître : votre texte est-il une manière de dire que l’Art est ce que l’homme porte de meilleur en lui (car ce qui est écrit reste intemporel) ou est-ce, de façon plus optimiste, une invitation à agir “mieux” ?

Le choix de cette "fée" n’est en effet pas un hasard. Il démontre que même une fée peut peu si elle agit seule, mais peut beaucoup si elle va vers les autres et œuvre avec eux. Ce "message" et d’autres visions du conte se prêtent à la discussion et à des horizons élargis mais lors de l’écriture, ces considérations ne m’encombrent pas l’esprit. L’histoire à raconter prime les messages qui se dénudent après une première lecture.